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POUSSIERE D'ILES AUTOUR DE NOSY BE

Il est des îles qui ne sont que des îles. Madagascar n’est point de celles-là. Un peu à la manière des poupées russes, les plus étendues des terres ceintes peuvent révéler d’autres plus réduites mais riches d’histoire, de biodiversité, ou tout simplement de beauté pure. L’échelle va ainsi de la 4ème plus grande île du monde à des cailloux connus seulement des pêcheurs et des plongeurs avertis, en passant par les intermédiaires qui ont aussi leurs propres archipels.

Parler des îles de Madagascar implique donc un choix parfois arbitraire, sachant que ce ne sera jamais qu’un échantillonnage invitant à une découverte plus large. Rêvons aujourd’hui de celles du Nord-Ouest, à découvrir dans cette Mer Promise des plaisanciers et de leurs bateaux blancs…

 

NOSY BE, COTE CŒUR


Point de sommets, mais des monts d’une beauté à couper le souffle. Le Mont Passot, point culminant de l’île avec ses 329 m, fait partie des excursions incontournables sur l’Ile aux Parfums. Optez pour le coucher du soleil et laissez-vous guider par l’odeur douceâtre des fleurs d’ylang ylang. Le cœur entier de l’île est tapissé de ces arbustes aux branches tombantes et à la tête coupée. Cela facilite le travail des cultivateurs et donne à ces plantations un air de vignoble tropical.

Le Mont Passot est au cœur du cœur, trônant comme un phare au milieu des fleurs. 343 jours de soleil par an et une température moyenne comprise entre 26 et 32° permettent de les récolter toute l’année, et plus particulièrement pendant la saison des pluies souvent nocturnes de novembre à mars. Les pétales sont recueillis à la main. 500 hectares produisent 800 tonnes de fleurs et 20 tonnes d’huile essentielle par an. Une centaine de kilos de fleurs sont ainsi nécessaires pour produire 2,5 petits kilos d’huile d’ylang ylang !

D’accord, certains aristocrates de la parfumerie l’appellent avec hauteur « le jasmin du pauvre », et ne jurent que par les huiles essentielles du « vrai » jasmin et de la rose que l’on fabrique en Europe, dans le Maghreb, ou en Turquie, et coûtent autrement plus cher. N’empêche, l’ylang ylang est…indéracinable là où il est, il a même sur ses concurrents l’avantage d’un exotisme qui fleure bon les rivages lointains. Comme ceux de Nosy Be.

Quelques distilleries extraient en masse l’huile destinée à l’exportation. La plus importante est ouverte au public du lundi au vendredi, et programme la distillation un jour sur deux. Mais nombre de petits producteurs font marcher leurs alambics au charbon de bois, et permettent aux enfants de vendre l’enivrant liquide sur les marchés.



R A C I N E S


Nosy Be n’est pas qu’une destination du tourisme balnéaire, même si c’est sa facette la plus connue. Berceau de la culture et des traditions Sakalava, elle possède plusieurs sites qui méritent d’être mieux connus d’autant plus qu’une tendance allant dans ce sens se confirme parmi les principales motivations du tourisme actuel.

L’Arbre Sacré à 2,5 km de Hellville sur la route d’Ampombilava est un lieu où l’on vient pour solliciter des bénédictions. Originaire d’Inde où il est souvent planté à proximité des temples, ce banyan porte le nom scientifique de « Ficus Religiosa ». C’est sous un tel arbre que Bouddha aurait eu son illumination divine en 528 Avant J.C. L’Arbre Sacré de Nosy Be, parti d’un seul tronc, est devenu une véritable petite forêt. Il y est strictement interdit de fumer, de porter des chaussures ou un chapeau, ou encore de consommer du porc. Par contre ceux qui viennent y prier ont l’habitude d’y laisser des offrandes telles que des tissus de couleur blanche et rouge, du miel, ou du rhum.

Les Mahabo sont des groupes de tombes royales entourés d’un enclos en bois avec un parc s’ouvrant sur le Sud-Ouest. Nosy Be en compte trois, à savoir ceux de Manongarivo, d’Ambalarofia, et de Mitsinjoarivo. Les Sakalava viennent prier dans ces lieux hautement sacrés où habitent également les médium ou « Saha », possédés par l’esprit des anciens rois Bemihisatra. C’est le fondement même  du « Tromba » qui est une véritable religion traditionnelle.

Le Musée Océanographique à 4 km à l’Est de Hellville est consacré à la faune et à la flore sous-marine du Canal de Mozambique. Une de ses salles abrite une maquette du Sarimanok, un trimaran en bambou qui a relié Bali et Madagascar pour essayer de comprendre et refaire l’itinéraire des proto- malgache.

Comptoir créé en 1100 par les arabes, Ambanoro est par la suite devenue la première véritable ville de Nosy Be dont les vestiges envahis par la végétation sont encore bien présents. On y vendait de l’or, des esclaves, des épices, des carapaces de tortues. Les indiens s’y installèrent vers 1839, commerçant principalement avec Zanzibar et Bombay. La grande mosquée d’Ambanoro construite en 1889 a aujourd’hui complètement disparu.

Les Lacs Sacrés du côté de Mont Passot sont un chapelet de plans d’eau qui abritent les esprits d’anciens souverains Sakalava et Antakarana. Il est « fady » d’y pêcher, de fumer, ou de consommer de la viande de porc. La dépouille de Boba, Premier Ministre de la Reine Tsimieko, aurait été immergée dans l’un d’eux, qui porte son nom.

Dzamandzar, aujourd’hui la deuxième agglomération de Nosy Be, était un petit village de pêcheur où a été remontée en 1923 une usine sucrière importée du Venezuela. On raconte qu’autrefois les avions se rendant à Nosy Be se posaient sur sa plage, en l’absence d’un aérodrome. Le nom de Dzamandzar est pérennisé par un des plus célèbres rhums de Madagascar.

La Baie des Russes doit son nom à une escadre impériale russe partie de Saint Petersbourg et qui y a fait escale de Décembre 1904 à Mars 1905. La première division était commandée par l’Amiral Felkersam, et la deuxième qui arriva un peu plus tard par l’Amiral Rojestvensky. Les deux divisions réunies faisaient environ 12.000 hommes et une quarantaine de navires. C’est le 16 Mars 1905 que l’escadre russe appareilla pour faire cap sur le Japon où elle fut décimée par les japonais à Tsushima.

Le Cimetière de Hellville est un témoin silencieux de l’histoire de l’île. C’est ainsi qu’un secteur de ce lieu de mémoire abrite les tombes du Lieutenant de Vaisseau Pierre Jean Bart, commandant de la Corvette La Sarcelle,du Lieutenant Cotey tué pendant une révolte anti-abolitionniste, des Capitaines Lapeyrc-Bellair et Cherinier, commandants particuliers de la place de Nosy Be.  

Ici repose aussi pour l’éternité un précurseur du Donia, le musicien  Roger Kha à qui l’on doit ce cri d’amour :

Quand vous serez sur notre île
Ne bousculez pas nos bambous
N’effrayez pas nos crocodiles
N’éparpillez pas nos cailloux
Quand vous serez sur notre île
N’envahissez pas notre village
N’enseignez pas votre évangile
Laissez nos sages à leur image.

Quand vous serez sur notre île
Laissez nos mers, nos fleurs et nos poissons
A leur existence tranquille
Comme au vieux temps de Robinson.

ENTRE TERRES ET MER


Sur cette côte du Nord-Ouest également appelée Côte des Iles Vierges, la mer et le  climat sont favorables à la navigation de plaisance pratiquement toute l’année, exception faite peut-être des mois de Février et Mars où il arrive aux grains d’être assez violents.

Les opérateurs sont des professionnels qui connaissent leur région et leur mer à fond, et leurs flottes de monocoques ou de multicoques de 10 à 20 mètres permettent d’accueillir de 2 à 8 personnes. Des bateaux comme ceux exploités par Madavoile sont des références. Le service à bord y est un service d’hôtellerie en pension complète avec cuisine occidentale et malgache.

Ces mêmes opérateurs sont conscients que la combinaison balnéaire-découverte est un des meilleurs atouts de la Destination Madagascar. Les arrière-pays figurent de ce fait souvent au programme, et aux loisirs spécialisés comme la plongée ou la pêche sportive peuvent se greffer des remontées de rivières au cœur d’une mangrove, des escales dans des sites perdus, ou des rencontres avec des populations aux traditions plusieurs fois séculaires. C’est le cas par exemple d’un itinéraire en boucle intégrant Nosy Mamoko, son village de pêcheurs, sa forêt dense et ses cascades, Kisimany où chaque année un boutre de Zanzibar vient s’approvisionner en huile de requin, et la Baie des Russes.

Sur l’Archipel des Radama encore peu visité, les plongeurs expérimentés s’adonnent à leur passion de préférence de Mai à Novembre à des profondeurs allant de 15 à 55 m. On citera parmi les « étapes », après une première plongée-test à Tanikely, les noms de Kalakajoro, principale base de plongée des îles Radama, Gregs’Wall, un site très recherché pour la diversité de sa faune et de sa flore sous-marine, Black Wall, son impressionnante forêt de corail noir et ses poissons pélagiques, Nosy Valiha ou encore le Pain de Sucre de Kivinjy.

Aux Iles Mitsio, la température de l’eau varie entre 25 et 30°. Les noms des spots y sont plus familiers pour ne citer que les pinacles des Têtons, les Grandes Orgues et Ankarea Point, Castor Showl, les Quatre Frères, ou encore le Banc des Licornes. La faune est ici une des plus variées de Madagascar et présente un large éventail d’espèces de toutes tailles du requin-baleine inoffensif aux plus petites formes de vie, en passant par les raies-manta et les tortues.

RENCONTRES


Ambatoloaka, un petit bourg très animé. Au Port du Cratère, première poignée de main avec Rudy et Geneviève Larcher installés à Nosy Be depuis 1990, et qui ont sillonné toute la côte avant de monter en 1996 la Société Madavoile. Leur but, pouvoir proposer  à un public à la recherche de destinations hors sentiers battus des croisières dans des archipels sauvages et intouchés. Ils gèrent quelques 7 bateaux dont le Lady Corsica, un catamaran de 13,40 m à bord duquel Cap’tain Salim à la barre, Jean Noël aux manœuvres, et Anselme aux cuisines exercent leur art dans un décor de paradis…

Aïsha Battersby. Nous croisons sa  route  sur Nosy Tanikely à une petite demi-heure de vedette du port. La vie grouillante et multicolore du récif corallien s’y admire à quelques mètres à peine de la surface. Une visite à l’ancien phare qu’Omar le seul habitant d l’île ne s’est jamais résolu à quitter permet d’observer les roussettes  accrochées aux branches des arbres fruitiers. Aïsha est en prospection pour le puissant T.O britannique Audley qui recherche de nouvelles destinations pour sa clientèle huppée…

Non loin de Tanikely, Nosy Vorona l’Ile aux Oiseaux est un petit rocher paradisiaque à peine plus grands que deux terrains de foot-ball à marée basse. Nicolas Duclos a obtenu du Service des Phares et Balises la concession de l’îlot moyennant l’entretien d’un petit phare utile aux plaisanciers. Il y a construit deux bungalows de charme à l’intention de ceux qui, en couple ou en famille, souhaitent se payer une « robinsonnade » dans un  confort parfait.

Andrew et Lisa Blain, un couple de sud-africains installés dans la Baie des Russes depuis une bonne dizaine d’années. Initialement prestataires de croisières, ils ont petit à petit orienté leurs activités vers l’entretien des bateaux de passage. Andrew bricole et dépanne, Lisa raccommode les voiles usées par de trop longues traversées. Elle est représentante exclusive de Quantum, une marque bien connue des « voileux » du monde entier. Le couple s’est bâti un petit havre de paix à flanc de colline : 19 hectares de terres arrachées à la jungle, et une maison de bois ouverte aux quatre vents, en totale harmonie avec la nature environnante, exubérante et sauvage…

QUATRE FRERES QUI ETAIENT CINQ …


Les Mitsio à 45 miles au Nord-Est de Nosy Be, un archipel volcanique constitué d’une île principale, la Grande Mitsio habitée par des pêcheurs Vezo et des éleveurs Sakalava, et une myriade de petits îlots. Il est possible de les atteindre rapidement en vedette, mais il est autrement plus agréable de donner du temps au temps dans le confort d’un catamaran !

Ankarea et ses falaises basaltiques sont à quelques 5 miles à l’Ouest de la Grande Mitsio, et les Quatre frères au Nord-Ouest de Tsarabanjina. Des monolithes aux parois lisses formant un quadrilatère émergeant de la surface de la mer. Ici les fous bruns n’hésitent pas à survoler de près les bateaux, quand ils ne se livrent pas à un de leurs exercices favoris qui est de piquer sur l’eau à une  vitesse vertigineuse.

A l’aube des temps, les dieux avaient envoyé cinq « frères » à cet endroit. L’un d’eux qui n’arrivait pas à s’entendre avec les autres décida un jour de partir. Le frère qui lui était le plus proche se mit à dépérir de chagrin, au point que plus aucun oiseau ne vient s’y nicher et que ses fonds paraissent sans vie comparés à ceux des autres. Celui qui est parti s’est installé dans la Baie des Russes où, comme à Rio, on l’appelle le « Pain de Sucre ». Il a oublié les Mitsio et ma foi, la solitude lui réussit plutôt bien…

ILES, HOTELS, ILES-HOTELS…


A l’Est de la Grande Mitsio, près de Nosy Toloa et Nosy Kely se trouve Tsarabanjina la Belle.Terre Sacrée des Sakalava, elle concentre sur une vingtaine d’hectares sa végétation luxuriante et ses plages immaculées. Dans les rochers se réfugient plusieurs espèces d’oiseaux parmi lesquels des frégates, des poules d’eau, des cormorans, et  surtout le très rare aigle pêcheur ou « ankoay », un prédateur en voie de disparition. Le Constance Lodge d’un grand groupe hôtelier mauricien marque Tsarabanjina de toute sa classe, et peut se permettre le luxe de régler ses montres avec une heure de retard sur celle de la Grande Terre. Question, pourquoi pas, d’offrir une heure de soleil de plus à ses hôtes alanguis  sur la plage devant leurs très « cosy » bungalows privatifs…

Bien loin de là, au large de la presqu’île d’Ampasindava Nosy Iranja est en fait constituée de deux terres reliées à marée basse par une langue de sable blanc baignant dans les eaux turquoises. La partie Sud est le lieu de ponte et d’éclosion préféré des tortues. Avec un peu de chance, il est possible d’assister au moment magique où les nouveaux nés s’extraient de leur coque pour immédiatement se diriger par instinct vers la mer…Le Nosy Iranja Resort managé par le sud africain Théo Shepherd occupe les 13 hectares de jardin tropical de Nosy Iranja Kely (la Petite). Conçu dans un souci d’intégration et de confort, ce lodge est un lieu privilégié, peut-être un des plus beaux établissements de la région. Un séjour dans un cadre aussi somptueux, au cœur d’une nature préservée, est synonyme de détente et d’harmonie.


DANS LES EAUX DU BANC DE LA LANTERNE


La pêche est bonne dans ces parages où perroquets, mérous et carangues se laissent facilement prendre. Certains mouillent des casiers pour piéger la petite friture : poissons marguerites, lutjans, ou petites demoiselles. D’autres se jettent à l’eau pour attraper les langoustes qui foisonnent entre 10 et 15 mètres. Autrefois on les trouvait à moins de 5, mais une pêche de plus en plus intensive les a contraintes à migrer plus bas.

Repérables de loin à leurs voiles carrées, les pirogues à balancier sont suffisamment stables pour accueillir jusqu’à trois personnes. Elles sont l’outil de prédilection des pêcheurs traditionnels lançant leurs lignes hérissées de gros hameçons auxquels sont accrochées des sardines.

L’autre embarcation locale que l’on croise souvent est le boutre. Ce gros bateau rustique hérité des invasions arabes est apparu dans la région  dès le 9ème siècle, à l’époque où les sultans d’Oman régnaient en maîtres sur l’Océan Indien occidental,  étendant leur royaume de l’ancienne Shiraz (l’Iran actuel) jusqu’aux Comores et à Madagascar. On  reconnaît les boutres à leur voile triangulaire et leur étambot juché très haut au dessus de la ligne de flottaison. Leur allure de guingois rappelle parfois  celle des embarcations à voile latines remises au goût du jour en Méditerranée.

EPILOGUE



     Le voyage prend fin. Le retour vers Nosy Be est un véritable crève-cœur et tous se surprennent à humer encore les effluves de la mer comme un dernier répit avant le retour sur terre, au propre comme au figuré. Pressés de retrouver leurs familles, les hommes d’équipage semblent animés d’une agitation nouvelle. Et tandis que les manœuvres se font plus précises, que la côte au loin se dessine, un indicible parfum de nostalgie se répand parmi les convives.

Mais ils se promettent de revenir fouler les eaux de Nosy Be. Désormais solidement attachés à la mer, ils auront les yeux plus clairs, le teint plus mat, et le regard plus lointain. Leurs pensées seront durablement perdues dans le vague, et ils caresseront longtemps le fol espoir de n’avoir pas vécu cette aventure. Pour la vivre à nouveau, comme si rien ne s’était passé…

Textes : Olivier Pioch
        Thompson Andriamanoro

Photos : Pierre Yves Babelon



 

 

 

 

Hotel Colbert